Publié le
janvier 25, 2026

Que révèle l’indice de Hoover sur l’inégalité d’accès à l’école en Afrique subsaharienne, entre zones rurales et urbaines ?

L’indice de Hoover, aussi appelé Robin Hood Index, permet de mesurer le décalage entre la localisation des ressources et celle des populations. Appliqué à l’éducation en Afrique subsaharienne, il met en évidence un désalignement structurel entre l’endroit où vivent les enfants et l’endroit où sont implantées les écoles. En comparant la répartition des enfants d’âge primaire et celle des infrastructures scolaires entre zones rurales et urbaines, l’indicateur montre qu’une part significative du système éducatif est géographiquement mal positionnée. Cette lecture permet de dépasser le constat général des inégalités pour en quantifier la dimension territoriale.

1. Où se situe le décalage initial entre démographie scolaire et infrastructures éducatives ?

Avant de parler d’indice, il faut poser le décor.

1.1 Une croissance démographique majoritairement rurale

D’ici 2030, l’Afrique subsaharienne comptera près de 300 millions d’enfants en âge d’aller à l’école primaire.(UNSD)

C’est déjà massif en soi.

Mais surtout :

➡️ la majorité de ces enfants vivent en zone rurale.

Les estimations disponibles montrent qu’en moyenne, environ 60 % des enfants d’âge primaire en Afrique subsaharienne vivent en milieu rural, avec des pays où ce chiffre dépasse largement les 70 %. (UTU)

Autrement dit :

L’enfant “typique” d’Afrique subsaharienne ne vit pas dans une capitale.pter comme “normal”. Et c’est là que le piège devient le plus redoutable.

1.2 Un système éducatif historiquement concentré dans les zones urbaines

Du côté des infrastructures, c’est presque l’image miroir :

  • Les écoles, les enseignants formés, les manuels, les inspections…
  • À l’échelle du continent, on se retrouve avec un schéma simplifié :

Ajoute à ça un autre chiffre :

  • En 2023, on comptait en moyenne 56 élèves par enseignant au primaire en Afrique subsaharienne,

Ce ratio est déjà très lourd.

Mais là encore, il cache une réalité :

👉🏿 les classes rurales sont généralement plus chargées, moins dotées, plus éloignées.

Le système éducatif, dans sa géographie même, favorise un enfant urbain par rapport à un enfant rural.

C’est exactement ce désalignement que l’indice de Hoover va nous aider à quantifier.

2. Comment fonctionne l’indice de Hoover appliqué à l’éducation ?

L’indice de Hoover répond à la question suivante :

“Si l’on voulait que la ressource soit distribuée de façon équitable entre les groupes, quelle part faudrait-il physiquement déplacer d’un groupe à l’autre ?”

Dans notre cas :

  • La ressource, ce sont les écoles primaires (ou les infrastructures éducatives)
  • Les groupes, ce sont : les zones rurales les zones urbaines

On simplifie la réalité pour la rendre lisible :

on regarde la part des enfants dans chaque zone,

et la part des écoles dans ces mêmes zones.

La formule, elle, reste très simple :

Dit autrement :

On regarde l’écart entre “où sont les enfants” et “où sont les écoles”,

3. Que montre le calcul de l’indice pour l’Afrique subsaharienne ?

Prenons une approximation continentale cohérente avec ce que montrent les données :

  • 60 % des enfants d’âge primaire → zones rurales
  • 40 % des enfants d’âge primaire → zones urbaines

Côté écoles :

  • 35 % des écoles primaires → zones rurales
  • 65 % des écoles primaires → zones urbaines

On calcule :

  • Écart rural : |60 − 35| = 25
  • Écart urbain : |40 − 65| = 25

On fait la moyenne :

👉🏿 Indice de Hoover = 25 %

Ce chiffre veut dire quelque chose de très concret :

Un quart des écoles primaires (ou l’équivalent en classes, enseignants, ressources) devraient changer de localisation pour que les enfants ruraux et urbains aient la même probabilité d’avoir accès à une école.

Pas “un petit ajustement”.

Pas “quelques efforts à faire”.

Un quart du système.

4. Quelles réalités concrètes se cachent derrière un indice de 25 % ?

Un indice, seul, ne change rien.

Ce qui compte, c’est ce qu’il révèle.

Regardons ce que signifie ce 25 % quand on le ramène à la réalité d’un enfant.

4.1. Un mécanisme de sélection géographique avant même l’inscription

Dans un contexte où près de 100 millions d’enfants d’âge primaire et secondaire en Afrique subsaharienne sont déjà hors de l’école,(UNICEF)

un déséquilibre de 25 % dans la localisation des infrastructures,

c’est un tri qui se fait avant même l’inscription.

  • Si ton village est “du bon côté” de cette géographie,
  • Si tu es du “mauvais côté”,

Ce n’est pas une nuance.

C’est un basculement :

👉🏿 tu es dans le système,

ou tu es en dehors.

4.2. Le rôle déterminant de la distance dans l’abandon scolaire

Les études montrent que dans plusieurs pays,

les enfants ruraux parcourent 3 à 10 km pour atteindre l’école, parfois davantage.(UTU)

Et on sait qu’à chaque kilomètre supplémentaire :

  • les retards augmentent,
  • l’absentéisme progresse,
  • l’abandon scolaire explose.

Ce que l’indice de Hoover nous dit, c’est que :

Cette distance moyenne élevée n’est pas un hasard. Elle est le produit d’une architecture éducative construite loin des enfants qui en ont le plus besoin.

4.3. Effets cumulés sur les trajectoires éducatives et sociales

Ajoute à ce déséquilibre géographique :

  • des classes surchargées : en moyenne 56 élèves par enseignant au primaire en Afrique subsaharienne,(UNESCO)
  • une pénurie massive : la région aurait besoin de plus de 15 millions d’enseignants supplémentaires dans les années à venir pour répondre à la demande.(Teacher Task Force)
  • des taux d’achèvement du primaire qui plafonnent autour de 64 % en moyenne régionale.(2023 GEM Report)

Le 25 % prend alors une autre dimension :

Ce n’est pas seulement 25 % d’écoles mal localisées. C’est une part entière de génération dont la trajectoire est mécaniquement compromise.

On ne parle pas ici de “manque d’effort individuel”.

On parle d’un système où :

  • la probabilité de finir le primaire,
  • la capacité à lire correctement à 10 ans,
  • la possibilité même de rêver à un autre avenir que la survie,

est différente en fonction de ton code postal.

5. Que permet de comprendre cet indicateur, au-delà des autres mesures éducatives ?

Ce qui est intéressant avec l’indice de Hoover,

c’est qu’il ne parle ni de pédagogie, ni de contenu, ni de réforme curriculaire.

Il regarde juste où sont les enfants

et où sont les écoles.

Et il nous oblige à tirer une conclusion simple :

Tant que la carte des infrastructures éducatives ne sera pas alignée avec la carte des enfants, l’égalité des chances restera mathématiquement impossible.

On peut améliorer les programmes, former plus d’enseignants, investir dans le numérique.

Tout cela est nécessaire.

Mais si, à la base :

  • 60 % des enfants vivent en zone rurale,
  • et que le système reste pensé pour une géographie urbaine,

alors l’inégalité n’est pas un accident :

👉🏿 elle est construite.

6.Quelles sont les limites de l’indice de Hoover dans ce contexte ?

Oui, l’indice de Hoover a ses limites :

  • Il ne mesure pas la qualité de l’école.
  • Il ne dit rien sur l’apprentissage réel (learning poverty).
  • Il ne distingue pas une école publique d’une école communautaire précaire.

Mais c’est précisément ce qui rend le résultat encore plus frappant :

Même avec un indicateur minimaliste, qui ne regarde que “où sont les choses”,

On ne lui demande pas de tout capturer.

On lui demande de répondre à une seule question :

“Le système est-il construit là où sont les enfants ?”

Et sa réponse, aujourd’hui, est non.

De façon nette.

Quantifiée.

Difficile à contourner.

6.2. Pourquoi le diagnostic reste néanmoins robuste

L’indice de Hoover ne va pas remplacer tous les autres indicateurs.

Mais il nous offre un angle de lecture précieux :

  • Il met en lumière la dimension territoriale de l’inégalité éducative.
  • Il montre que l’accès à l’école n’est pas seulement une question de budget,
  • Il rappelle que, dans un contexte de croissance démographique et de tensions budgétaires,

La vraie question devient alors :

Combien de temps peut-on continuer à parler de “développement du capital humain” en Afrique, en laissant la carte des infrastructures éducatives aussi désalignée de la carte des enfants ?

Et peut-être, pour chacun de nous :

Avions-nous déjà regardé l’inégalité éducative sous cet angle-là ? Et que changerait notre analyse si nous commencions, systématiquement, par demander : “Où sont les enfants, et où sont les écoles ?”

Conclusion

En mettant en regard la carte des enfants et celle des écoles, l’indice de Hoover révèle que l’inégalité d’accès à l’éducation en Afrique subsaharienne est en grande partie inscrite dans la géographie du système. Un désalignement d’environ 25 % signifie qu’une fraction substantielle des infrastructures n’est pas située là où vivent les enfants. Tant que cette contrainte territoriale persiste, les écarts de scolarisation et de parcours ne relèvent pas de facteurs individuels mais d’une architecture éducative structurellement déséquilibrée.

“Venez on sème”

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